Bonjour, je m'appelle Sabine et j'ai créé ce blog pour publier les articles écrits par mon fiancé Jeff, un citoyen texan. En mars 2002, durant sa 27e année, il a été condamné à 40 ans de détention pour des crimes qu'il n'a jamais commis. La prison, ce n'est jamais facile. Mais être un homme innocent en prison, c'est tout simplement un cauchemar... Néanmoins, à travers les articles qu'il m'envoie et que je publie sur ce blog, il aime partager ses écrits venant de son cœur, un cœur qu'il a choisi de consacrer pleinement au Seigneur Jésus-Christ. L'injustice qu'il vit depuis si longtemps n'a pas changé cette décision. Notre prière est que les messages de ce blog puissent vous encourager, enrichir votre vie et vous permettre de mieux comprendre les voies de Dieu et peut-être même vous mettre au défi de sortir de votre propre zone de confort.
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22 juin 2020 – Renvoyé "chez moi" pour mourir

Il y a quatre jours, j'étais dans un lit d'hôpital à Galveston, au Texas, entouré d'une équipe de médecins. Je m'y trouvais depuis cinq jours. Une grave complication dans mon corps nous avait tous amenés à la nécessité de faire le point sur ma situation.
Le chirurgien ne pouvait pas régler le problème.
Les oncologues ont dit qu'une nouvelle chimiothérapie pourrait me tuer.
Nous étions arrivés au bout du chemin.
Ils m'ont donné deux à six mois à vivre, et m'ont renvoyé chez moi pour mourir.
Sauf que cette dernière affirmation n'est pas du tout vraie. Ils ne m'ont pas renvoyé "chez moi". Ils m'ont renvoyé à mon unité carcérale d’assignation, une prison de haute sécurité.
Par ailleurs, je n'ai pas l'intention de mourir de sitôt !

25 mai 2020 – Je choisis de croire

J'ai peur. Parfois, je suis réellement effrayé. Cela ne signifie pas que j'ai perdu ma foi, mon espérance ou ma paix. C'est juste qu'il y a des éléments concernant mon présent et mon proche avenir que je ne sais pas toujours exactement comment digérer.
Ma douleur est très réelle, et parfois même atroce, tant physiquement qu'émotion-nellement. Malgré tout ce qui se passe, ou peut-être à cause de tout ce qui se passe, les tumeurs dans mon corps continuent de croître. Je n'ai pas besoin d'un examen de scanner pour le savoir. Il n'y a tout simplement pas assez de place pour tout ce qui se passe actuellement dans mon abdomen. Mon côté gauche est distendu car les tumeurs poussent contre la paroi abdominale. Mes côtes me font souvent si mal que je suis sûr qu'elles vont bientôt se briser sous la pression. Aller à la selle et uriner s’avère être horriblement douloureux car les tumeurs poussent contre tous les organes et parties du corps concernés. Une horrible pression autour et en dessous de mon nombril et sur environ 5 cm de chaque côté, me donne l'impression de cacher une brique dans mon ventre lorsque j'essaie de m'allonger.
 Le sommeil vient avec grande peine et le tourment est réel.
 Mais ma paix l'est aussi. Ma joie également.

24 mai 2020 – Dix-huit ans, c’est combien de temps ?

Le 7 mars 2002, j'ai été injustement condamné et par conséquent mis en prison injustement. A mon réveil aujourd'hui, j’en suis à 18 ans et 78 jours de détention au sein du Département de Justice Pénale du Texas pour un crime que je n'ai pas commis. Mais parfois, je pense que personne ne se rend compte de la durée réelle que représentent dix-huit ans.
L'accusateur, qui avait 16 ans au moment de mon procès, en a maintenant près de 35 et purge lui-même une peine de prison pour viol et fabrication de preuves.
J'ai été faussement accusé alors que je n'avais que 23 ans, et je n'avais que 26 ans lorsque j'ai été envoyé en prison pour 40 ans.
En octobre, j’aurai 45 ans.
 
Dix-huit ans, c’est combien de temps ?
Je vais vous dire combien de temps c’est. 

6 mai 2020 – Même quand je ne peux pas le voir

Je lutte contre un cancer depuis près de quatre ans maintenant. Deux opérations chirurgicales majeures, la perte d'un rein, la radiothérapie, la chimiothérapie et beaucoup de prières ont rempli les pages de mon histoire. Au cours des dix derniers mois, un liposarcome métastatique récidivant (stade IV) s'est manifesté par six tumeurs disséminées dans mon abdomen et mon bas-ventre. La plus grande est de la taille d'un ballon de football alors qu’une plus petite essaie de se faufiler à travers une hernie inguinale détectée sur mon côté droit. Mes intestins et mes organes sont poussés dans tous les sens, ce qui me cause souvent de la douleur et une pression très inconfortable. Le troisième produit de chimio ne semble pas fonctionner car mes symptômes s'aggravent. Et pour couronner le tout, la plupart des documents concernant les traitements de ce type de cancer très rare laissent à la plupart des gens quasi nul espoir d'un rétablissement.

C'est suffisant pour rendre un homme fou de désespoir. Ajoutez à cela les dix-huit années d'injustice de ma condamnation injustifiée et le fort soupçon que la manipulation de produits chimiques (dans le cadre d’un travail réalisé en prison) il y a plusieurs années ont en fait causé mon cancer, et vous pouvez voir une raison presque défendable de se vautrer dans l'amertume et la colère contre le monde.
Mais je ne suis tout simplement pas comme cela.
 

25 avril 2020 – Les conséquences d’un choix

À un moment donné, à la fin de 1997 ou au début de 1998, j'ai fait un choix. J'avais à peine 22 ans et j'étais à l'université dans le Nord du Texas.
Mon pasteur de ce temps-là et sa femme m'avaient poussé à faire du bénévolat sur un projet qu'ils avaient mis en place par l'intermédiaire de l'église. Je m’impliquais déjà comme assistant dans un cours d'école du dimanche et je leur ai dit à plusieurs reprises que je ne pensais tout simplement pas avoir plus de temps à offrir au vu de mon emploi du temps.
J'étais impliqué dans le ministère baptiste des étudiants sur le campus, je travaillais souvent à plein temps en fonction de mes horaires de cours, et j'avais vraiment besoin de temps pour aller en classe et étudier, puisque c'était le but premier après tout.
De plus, je faisais déjà du bénévolat au refuge local pour sans-abris avec mon amie Paula, et à côté de cela je prenais encore des cours de vol. Si je devais donner davantage, j'allais été complètement dépassé.
Mais ils n'ont pas compris.

25 avril 2020 – Suffocation (Souvenir douloureux)

7 mars 2002 – Tribunal pénal du district n° 4 du comté de Tarrant, Ft Worth, Texas

Je crois que j'étouffe. Quelque chose fait pression sur ma poitrine, mais je veux désespérément respirer. J'ai envie de crier, mais rien ne fonctionne dans mon corps. Pourquoi mon visage est-il si chaud ?
Pourquoi n'entends-je rien autour de moi ? Je sais qu'ils sont là. Ce sont eux qui me font ça.
Enfin, pas tous. Je sais que ma mère est là aussi. Je l'ai vue avant que tout devienne noir. Elle était assise là, en train de pleurer. Est-ce que je pouvais l'entendre ? A-t-elle dit quelque chose ?

Depuis combien de temps suis-je comme ça ?

19 avril 2020 – Pas Votre Enfant


   J'ai été condamné il y a plus de dix-huit ans pour un crime horrible. C'est le genre de crime qui peut complètement ruiner votre vie, comme cela a été le cas pour la mienne. Les lois du Texas ont permis que je sois condamné sans la moindre preuve à l’exception des accusations portées contre moi. Depuis dix-huit ans maintenant, je me bats contre cette condamnation injustifiée et j'ai écrit et parlé jusqu'à en être épuisé du mal qui a permis que je sois incarcéré.
   Le problème est le suivant : la plupart des gens ne s’intéressent tout simplement pas à la question. Soit ils croient que j’exagère les faits et la réalité juridique, soit ils sont tellement biaisés contre mes accusations qu’ils construisent un mur psychologique géant qui ne peut être pénétré par la logique et la raison.
   « Agression sexuelle aggravée d’un enfant de moins de 14 ans » n’est pas le genre de chose qui fait immédiatement naître de la compassion ou de l’indulgence. Elle évoque plutôt des mots comme « odieux », « dépravation » et « mal à l’état pur ». Elle pousse également la plupart des gens à imaginer la situation concernant leur propre fille innocente de huit ans ou leur fils ou neveu de douze ans, très bien élevés et respectueux. Ils combattent mes attaques contre les lois injustes comme s’il s’agissait d’attaques personnelles contre leurs propres enfants.

19 avril 2020 – Je suis quelqu’un

J'ai toujours cru que j'étais appelé à laisser une empreinte dans ce monde. Je me suis toujours senti prospère et influent, même lorsque je n'étais ni l'un ni l'autre. Je ne sais pas comment cela est devenu une partie de mon identité de base, mais jamais un seul moment, je n'ai cru que ma vie serait définie comme celle d'une personne qui a simplement survécu en se débrouillant dans la vie.
Je suis né pour exceller.
Ce n'est pas une ambition égoïste. Plus souvent que non, cette volonté m'a conduit à un sacrifice extrême et à un travail incroyablement dur avec une vision de rendre le monde meilleur. Elle m'a souvent poussé à aller au-delà de ce qui est considéré comme logique ou normal par ceux qui m'entourent.
Ma jeunesse a été ponctuée de commentaires constants de mes aînés comme ceux-ci : "Ce n'est pas possible", ou "Tu ne peux pas le faire de cette façon-là". On m'a même dit plus d'une fois que je n'avais pas le droit d'attendre des autres qu'ils se préoccupent d'un problème avec autant de passion que moi.

Au fond, ma motivation et ma conviction qu'il était du devoir de chacun de chercher constamment des moyens d'avoir un impact sur notre monde ont mis la plupart des gens mal à l'aise.
Et je me sentais souvent très seul.

Les premières années de ma vie d'adulte ont été une bataille continue entre l'envie de faire plus et la pression toujours plus forte de ceux qui ne pouvaient pas accepter mon mode de pensée peu orthodoxe.
À 18 ans, j'ai quitté mon pays par mes propres moyens. À 20 ans, j'avais déjà fondé ma première organisation à but non lucratif qui s'est associée à une fondation d'Amérique Centrale travaillant avec les enfants des rues et les enfants nés avec le VIH. À 24 ans, j'avais obtenu un diplôme tout en dirigeant une deuxième organisation à but non lucratif travaillant dans deux pays d'Amérique Latine et une entreprise d'import/export à but lucratif qui servait à les financer. À 25 ans, j'ai reçu une bourse de 25 000 dollars du Rotary Club pour mon Mastère en Administration des Affaires. Dix-huit mois plus tard, j'ai terminé le programme.
Puis tout s'est arrêté net.
Un mensonge avait tout changé.

Bien que les gens ne me comprenaient pas toujours, ils m'avaient respecté et avaient cru en moi. Ils ont vu en moi le potentiel d'accomplir de grandes choses.
Mais soudain, je me suis retrouvé du mauvais côté de l'équation : un ennemi de l'État. En un clin d'œil, je suis passé du statut de jeune homme honorable et intègre à celui de criminel malfaisant, dépravé et menteur.
Et tout cela sur la seule base d'un simple mensonge.
Je suis devenu l'Accusé.
Rien de ce que j'ai dit ou fait n'était suffisant pour me défendre contre la nouvelle perception qu'ils avaient de moi. Les rôles avaient été inversés et les dés étaient jetés.

J'ai été envoyé en prison pour une très longue période.

Dix-huit ans plus tard, je suis toujours encore dans la même situation. Chaque jour, je suis confronté à des attitudes laides et haineuses de la part de membres du personnel de plusieurs années mes cadets. Peu importe combien je travaille dur, combien je suis honnête, ou combien de fois je fais mes preuves, mon statut ne changera jamais. Je ne pourrai jamais obtenir un poste plus élevé. Le tout nouveau surveillant de prison de 18 ans qui vit probablement encore chez sa mère sera toujours supérieur à moi malgré son immaturité et son manque d'intégrité.

J'observe les dirigeants de prison qui prennent des décisions terribles sans tenir compte de leurs effets sur les personnes réelles. Je travaille dans des secteurs de la prison où tous ceux qui sont en position hiérarchique au-dessus de moi et qui détiennent l'autorité ont beaucoup moins d'expérience et de formation professionnelle que moi, mais méprisent toute contribution réelle d'un simple détenu.
Je suis plus digne de confiance que le personnel de ce système carcéral, mais on dit qu'on ne peut pas me faire confiance. Je suis plus honnête que presque tous mes surveillants, mais ils disent que je suis condamné à être un menteur perpétuel.
Chaque jour, je suis jugé pour un crime que je n'ai pas commis.
Mais je refuse de me laisser abattre.

Je crois toujours que je suis né pour changer le monde. « En effet, les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables. » (Romans 11.29)
En dix-huit ans, j'ai été le mentor/conseiller de centaines d'hommes. Les orphelins de père et les confus ont trouvé un but et un destin et ont réussi dans notre société. Je n'ai eu que des faveurs, j'ai dirigé des industries carcérales, j'ai apporté des innovations à des problèmes de longues dates, j'ai insufflé de la sagesse dans la vie et les décisions de gardiens de prison, et j'ai affronté la menace de mort avec une confiance pacifique.

J'ai appris que l'endroit où je me trouve n'a pas d'importance. Peu importe ce que les gens pensent ou les limites qu'ils s'efforcent de m'imposer. Peu importe combien je souffre ou si les choses ne semblent pas se dérouler comme je l'avais prévu.
Ils ne pourront jamais m'enlever la passion que j'ai dans le cœur de changer le monde, d'oeuvrer à sa transformation.

Je suis quelqu'un.
Et c'est ainsi que je compte vivre jusqu'au jour de ma mort.

Jeff

9 avril 2020 – Un nouveau traitement

    Je suis en chimiothérapie depuis août 2019. Au début, on m'a donné une combinaison de deux médicaments qui m'a rendu très malade, a fait tomber tous mes cheveux et a donné à l'eau un goût si mauvais que je ne pouvais presque plus en boire. J'avais constamment des accès de fièvre et des migraines et j'ai perdu plus de 15 kg.
    Quatre mois après le début du traitement, j'ai passé un scanner qui a montré une réduction de la taille de la plupart des cinq tumeurs que j'avais dans l'abdomen. En général, la chimiothérapie a de très mauvais résultats avec les liposarcomes, mais j'ai constamment dit aux médecins que j'avais l'intention de tomber dans les petits pourcentages d'exceptions où l'on observe une réponse complète. Nous étions tous enthousiastes de voir cette réponse, mais mon corps ne gérait pas trop bien cette combinaison de médicaments.
    Par conséquent, les oncologues ont décidé de me faire administrer le médicament principal en tant qu'agent unique, pour voir si nous continuerions à voir une réponse positive, c’est-à-dire une réduction de la taille des tumeurs. J'ai pris trois mois de plus de ce médicament en monothérapie et j'ai été ravi de constater que je n'avais pratiquement aucun effet secondaire. Mes cheveux ont repoussé, mon appétit est revenu et j'ai repris environ 6 kg.
    Mais malheureusement, un scanner à la fin du mois de mars a montré que l'agent unique ne fonctionnait pas vraiment.

3 avril 2020 - Condamnation à mort

J’ai attendu cinq heures pour voir le médecin de l’unité. Elle est nouvelle ici et elle est vraiment aimable et professionnelle, mais la voir prend beaucoup de temps. La première fois que je l’ai vue, elle a passé près d’une heure avec moi alors que nous remplissions un questionnaire médical pour ma demande de libération conditionnelle d’urgence. C’était un effort futile puisque la loi exige en gros que je sois mort ou dans un état végétatif pour pouvoir être libéré en conditionnelle de manière anticipée pour raison médicale.
Après cinq heures d’attente, le médecin m’a appelé. Alors que j’étais assis dans son bureau, elle a commencé par dire : « La raison pour laquelle je vous ai appelé aujourd’hui est que j’ai reçu vendredi un appel de Galveston à votre sujet. » C’était étrange pour plusieurs raisons. D’abord, j’avais en fait pris ce rendez-vous avec le médecin pour obtenir les résultats de mon scanner du jeudi précédent. En outre, je bénéficie du suivi continu d’oncologues dans le cadre de mes traitements en cours, et ce médecin généraliste de l’unité n’a pas vraiment un rôle actif dans ce processus de soins.
  
Par ailleurs, je devais également voir les oncologues à Galveston (à l’hôpital de la prison rattaché à la branche médicale de l’université du Texas) deux jours plus tard.

Cette nouvelle d’un appel à mon sujet n’avait donc pas trop de sens. Et notre rendez-vous venait juste de commencer.
  
« Ils m’ont appelée pour me dire que je devais programmer une biopsie immédiate pour vous cette semaine parce que votre cancer a métastasé dans votre foie et vos os », a-t-elle poursuivi.
  
Je suis des traitements de chimiothérapie depuis sept mois ou plus et cette nouvelle m’a coupé le souffle. Ma vie a défilé devant mes yeux. J’ai senti ma pulsation très fortement au niveau de mes oreilles et mon visage s’est mis à rougir comme si un train de marchandises passait par là. J’avais chaud et j’étais essoufflé, et la voix du médecin a commencé à ressembler à celle de l’enseignante dans le dessin animé de Snoopy et les Peanuts : « Wah-Wah-Wah-Wah-Wah ». J’avais envie de pleurer. J’avais envie d’abandonner. Était-ce vraiment fini ? Cette nouvelle m’avait tout simplement enlevé toute envie de me battre d’un seul coup.
  
Sauf que cette nouvelle n’était pas vraie pour ma situation. 
 
Pendant une vingtaine de minutes après cette déclaration choc, le médecin a continué à me poser des questions sur mon traitement, sur le pronostic, sur le pourquoi de ceci et le pourquoi de cela. À un moment donné, je lui ai finalement dit : « Je n’en ai aucune idée. Je savais ce qui se passait jusqu’à il y a environ vingt minutes, mais ce que vous venez de me dire vient juste de tout bouleverser. Maintenant, je n’en ai plus aucune idée ».
 
Elle m’a alors expliqué que ce ne sont pas les oncologues qui l’avaient appelée. Que c’était un certain Comité de Coordination qui l’avait contactée. C’était la première fois qu’elle recevait un appel de leur part, m’a-t-elle dit. L’appel avait apparemment été suffisamment étrange pour la conduire à passer un appel par la suite pour tout vérifier. Elle avait même parlé au service de radiologie interventionnelle (qui effectue des biopsies) et avait vérifié les informations reçues.
Mais nous en sommes enfin venus aux résultats réels de l’examen de scanner du jeudi précédent.
  
Elle a commencé à lire des informations sur mon foie, qui indiquaient que j’avais quatre petites hypodensités qui étaient « inchangées » par rapport aux derniers scanners.
  — Attendez, lui dis-je. Inchangées ?
  — Cela vous a-t-il frappé vous aussi ? m’a-t-elle demandé.
  — Ça veut dire...
  — ... qu’il n’y a pas de métastase dans votre foie. Je ne comprends pas ce qui se passe.
 
Elle a ensuite continué à lire le rapport qui détaillait toutes les tailles des tumeurs que j’ai dans l’abdomen. La plus grande était restée de la même taille (15 cm x 12 cm x 28 cm), mais avait changé de forme et descendait maintenant le long de la courbure de mon estomac. D’autres avaient grandi et l’une d’elles notamment avait plus que doublé de taille pour atteindre celle équivalente à mon poing. Cette tumeur-là pousse actuellement fortement contre mon nombril, ce qui s’avère parfois assez douloureux.
  
Pendant qu’elle parlait, je prenais frénétiquement des notes. J’avais apporté un dessin (fait par moi-même) des tumeurs et de leur emplacement avec la taille de chacune d’entre elles d’après les scanners précédents. Le médecin m’a dit que je n’avais pas besoin de prendre des notes, qu’elle m’imprimerait une copie des résultats, mais honnêtement, j’avais juste besoin de faire quelque chose pour contrôler au mieux mes pensées alors que des horreurs y défilaient pendant que la dame lisait ce rapport.
 
Elle parvint enfin à la fin du rapport où il est question des os et des tissus mous. Je n’oublierai jamais la ligne qu’elle m’a lue à ce moment-là : « Pas de lésions osseuses agressives ou suspectes. »
  — Il n’y a donc pas non plus de métastase dans mes os, lui ai-je dit, plus comme une affirmation que comme une question.
  — Non, aucune. Ça n’a pas de sens. Pourquoi m’ont-ils appelé comme ils l’ont fait pour vous faire dire quelque chose qui n’est pas vrai ?
 
Elle a été très dérangée par tout cela, comme il était juste qu’elle le fût. De mon côté, j’ai senti un soulagement enfin couler dans mes veines.
  
Il a fallu une minute pour que ma paix revienne, mais je me sentais encore presque anémique et très faible. Je savais que la dernière heure de terreur avait eu un effet très réel sur moi.
  
Pendant ce temps, le médecin a appelé l’hôpital de Galveston et a parlé à tous les services. Personne là-bas ne savait quoi que ce soit quant à un besoin de biopsie en ce qui me concerne.
  
Il n’y avait rien dans mon dossier à ce sujet, pas de notes, pas de prescription, rien.
  
Je ne sais pas si le médecin de la prison m’a confondu avec quelqu’un d’autre, ou si c’est Galveston qui l’a fait. Je ne sais pas si quelqu’un a vraiment des métastases de cancer dans le foie et les os, ou si toute cette situation n’était qu’une grosse erreur.
  
 J’ai été convoqué au cabinet du médecin aujourd’hui pour recevoir une condamnation à mort.
 Je suis juste reconnaissant que cette fois-ci, ce n’était pas la mienne.

 Jeff

9 avril 2019 – Un temps de rafraîchissement

Hier soir, le dortoir dans lequel je me trouve à l’unité carcérale hospitalière s’est de nouveau rempli comme c’est le cas tous les jours de la semaine. Chaque soir il s’opère en effet une rotation d’environ 18 hommes parmi les 25 que nous sommes. Ceux qui étaient arrivés la veille s’en vont pour des interventions chirurgicales ou thérapies diverses et un tout nouveau groupe d’hommes arrive.
Comme je l’ai partagé récemment, le groupe d’hommes de la semaine dernière était très différent de ce à quoi je m’étais habitué ici. Ils étaient durs, vulgaires et distants.
Mais hier soir, alors que les nouveaux hommes arrivaient, j’ai noté quelque chose de différent au sujet de l’un d’entre eux. Alors que tous les autres avaient l’air épuisés et abattus, un homme exhalait la paix et la joie. 

6 avril 2019 - Courants racistes

Je me suis trouvé assis aujourd'hui avec trois hommes à mes côtés à table dans le dortoir des hommes de l’unité hospitalière de Galveston. La table représente un luxe dont nous ne disposons pas dans nos unités d’assignation respectives. Il s’agit d’une table en bois mesurant environ  1,5 x 1,2 m et comportant quatre chaises au revêtement matelassé réparties autour d’elle. Nous utilisons cette table pour les repas, pour la rédaction de lettres ou la socialisation.
C’est la fin de semaine, donc pas de rendez-vous médicaux ni d’opérations chirurgicales et le dortoir est rempli d’une trentaine d’hommes, ce qui donne pas mal de temps pour converser et apprendre à connaître les uns et les autres.

28 mars 2019 – Planter des semences divines

Manuel a 30 ans. Il vient d’El Salvador et s’est trouvé ici à l’unité carcérale hospitalière de Galveston pour une intervention chirurgicale visant à ôter deux tumeurs bénignes, l’une à l’arrière de sa tête et une autre sur le côté droit de son torse.
La première chose que j’ai notée à son sujet est que ses sourcils sont tatoués. J’ai vu beaucoup de choses durant mes dix-sept années d’incarcération, mais ce n’est pas commun de voir un homme aux sourcils tatoués. Cela a immédiatement fait naître une centaine de questions chez moi. 
Il ne m’a pas beaucoup fallu attendre pour commencer à obtenir des réponses.

19 mars 2019 - Ma vie est un paradoxe

Ma vie est un paradoxe.

Je me souviens avoir pensé cela aujourd’hui avec un sourire alors que j’essayais de rester bien couché sans bouger sur une table dans une pièce au rez-de-chaussée de l’hôpital UTMB (University of Texas Medical Branch) sur l’île de Galveston. Des pointeurs laser et un moule corporel m’ont placé dans une position très précise pendant qu’une géante machine blanche bougeait en mouvements circulaires à 360° autour de moi. D’un emplacement à l’autre, elle lançait des rayons invisibles sur mon abdomen.
Le but de la radiothérapie que je suis actuellement est d’empêcher que le cancer se manifeste une troisième fois. Deux tumeurs ont déjà été retirées de mon abdomen depuis août 2016. Ma prière est qu’il n’y en ait jamais une troisième. 

4 mars 2019 - Le 4 mars 2002 était aussi un lundi

Le 4 mars est un lundi cette année. Le lundi 4 mars 2002 fut un lundi aussi, un lundi spécial dans la vie de mon fiancé Jeff. Ce fut en effet le premier jour de son procès. Ce jour-là, il avait 26 ans et ne savait pas combien sa vie allait dramatiquement changer juste quelques jours plus tard… 

La bataille judiciaire avait bien sûr commencé plus tôt, avec l’inculpation et la phase d’enquête. 
Tout semblait tellement irréel. Les accusations étaient tellement incompatibles avec qui Jeff était et continue d’être. Il avait toujours travaillé de « l’autre côté de la société », aidant ceux qui se trouvaient dans des situations difficiles. Depuis son jeune âge adulte, sa vie a été consacrée à cet appel, pour aller vers les personnes en souffrance autour de lui. On lui avait enseigné qu’aussi longtemps qu’il ferait le bien, en aidant les gens, rien ne pouvait lui arriver. Mais il allait bientôt apprendre que cette manière de penser était erronée. Il allait bientôt apprendre que sa manière de penser et d’agir était naïve et innocente face à la méchanceté réellement présente dans le monde.

17 plus tard, la bataille judiciaire n’est pas terminée. La Justice (ou plutôt l’inJustice) a peut-être classé cette affaire dans un dossier d’archives, mais bientôt viendra le jour auquel il devra être repris en mains. Nous ne cesserons jamais de nous battre jusqu’à ce que Jeff soit libéré et déclaré innocent.  

Nous sommes reconnaissants pour notre famille et nos amis qui se tiennent à nos côtés sur ce chemin. Il est long et parfois fatigant, mais il débouchera sur une victoire ! Parce que nous savons que la vérité triomphe toujours, notre espérance demeure ferme !

Sabine - Fiancée de Jeff

5 juillet 2017 – Pas de plan B

J’ai le cœur brisé après avoir appris que l’un de mes amis ne va pas bien. Cela fait deux ans maintenant qu’il est sorti de prison. Il était un meneur ici. Un meneur ferme qui a conduit beaucoup d’hommes à Christ dans ce lieu et qui a une onction puissante sur sa vie pour enseigner et faire des disciples. Son héritage dans cette unité pénitentiaire se voit dans les vies de tellement de meneurs ici qui sont passionnés pour Dieu et qui ont grandi sous la tutelle spirituelle de ce frère.

Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. Peut-être que des découragements et des obstacles ont commencé à s’accumuler? Durant la première année après sa sortie en liberté conditionnelle, alors qu’il se trouvait encore lié à un bracelet électronique, son domicile était connu pour être un lieu où la puissance de Dieu se manifestait dans la vie de personnes qui venaient de partout pour que lui et son épouse exercent le ministère pour eux. Mais la vie nous réserve parfois des coups durs et, malheureusement, peut nous conduire à faire de mauvais choix dans l’émotion du moment, des choix avec un effet boule de neige destructeur.

Voilà pourquoi j’ai fait mon choix : Il n’y a pas de plan B.

1er juillet 2017 – Une parole de Jima

Depuis une année, notre groupe de louange a été réorganisé ici dans l’unité. Nous conduisons la louange lors de deux cultes chaque fin de semaine. Les cultes sont conduits par des volontaires qui varient drastiquement de l’un à l’autre quant à leur style et ce à quoi ils croient.

J’ai été transféré dans cette prison pour l’adoration. Dès mon arrivée, j’ai ressenti une grande liberté dans l’adoration et c’était formidable comme la présence de Dieu remplissait notre église et accomplissait les choses les plus impressionnantes.  

Mais récemment, on nous a ôté bien de la liberté. Bien que j’eusse pris une pause de six mois suite à mon opération chirurgicale du mois d’août l’année dernière, j’ai de nouveau joué au clavier et chanté pour le groupe réorganisé ces derniers mois.

Cela a été une vraie lutte pour moi. 

24 novembre 2016 - Thanksgiving - Je suis reconnaissant

Chers tous, ci-dessous un texte de Jeff parlant de son vécu de santé de cet été. 
Il l'a écrit le jour de Thanksgiving, fête célèbre aux Etats-Unis pour ses buffets alimentaires avec les plats à base de dinde et de courge.
Mais c'est avant tout une invitation à exprimer de la gratitude. C'est ce que Jeff a fait. 
Que cette lecture puisse être une bénédiction pour vous! 
Sabi
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En ce jour, je suis reconnaissant pour la vie. 

C’est là un sujet pour lequel nous devrions toujours être reconnaissants, mais aujourd’hui, je me sens tout particulièrement rempli de gratitude. Voyez-vous, cela ne fait que quelques mois que le diable a essayé de me tuer.
Je suis reconnaissant de ce que lorsqu’une personne se trouve protégée par le sang de Jésus, la meilleure tentative du diable ne soit jamais assez bonne !
L’été dernier a été marqué par un tourbillon de circonstances incroyables dans ma vie. 

En mai, une douleur sur le côté gauche de mon estomac m’a fait repérer un nœud dur dans les profondeurs de mon abdomen.
En l’espace de deux semaines, un examen de scanner a été réalisé ici à l’unité, montrant une « masse abdominale ».

4 mars 2016 - La prise de risque de Jacob récompensée

Durant six mois environ, Jacob était en train de suivre les procédures requises par le système pénitentiaire pour l’obtention de nouvelles lunettes. Sa dernière paire s’était cassée et depuis lors il se déplaçait en étant à moitié aveugle. Des personnes le saluaient depuis une distance de six-sept mètres à peine et il ne savait pas de qui il s’agissait. J’ai récemment fait l’erreur de lui lancer une petite bible alors que je me trouvais à quelques mètres de lui, et ce ne fut qu’au moment de le voir essayer d’attraper maladroitement cet objet volant flou — avant sa chute au sol — que je m’étais rendu compte de mon erreur. 

1er mars 2016 – C'EST MOI la tempête

Jusqu'ici cette année a présenté plus que sa juste part d'épreuves, de traumatismes et de déceptions. Mon expérience m'a appris que la seule façon de lutter contre les pressions des réalités de la vie pesant sur moi est de me concentrer sur le fait de demeurer dans la présence de Dieu. Des versets comme Éphésiens 3.16 ont amené une grande joie et des promesses au sein de situations qui semblaient insurmontables dans leur tentative de m'étouffer et me rendre misérable : Je prie qu'il vous donne, conformément à la richesse de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans votre être intérieur…