Bonjour, je m'appelle Sabine et j'ai créé ce blog pour publier les articles écrits par mon fiancé Jeff, un citoyen texan. En mars 2002, durant sa 27e année, il a été condamné à 40 ans de détention pour des crimes qu'il n'a jamais commis. La prison, ce n'est jamais facile. Mais être un homme innocent en prison, c'est tout simplement un cauchemar... Néanmoins, à travers les articles qu'il m'envoie et que je publie sur ce blog, il aime partager ses écrits venant de son cœur, un cœur qu'il a choisi de consacrer pleinement au Seigneur Jésus-Christ. L'injustice qu'il vit depuis si longtemps n'a pas changé cette décision. Notre prière est que les messages de ce blog puissent vous encourager, enrichir votre vie et vous permettre de mieux comprendre les voies de Dieu et peut-être même vous mettre au défi de sortir de votre propre zone de confort.

6 mai 2020 – Même quand je ne peux pas le voir

Je lutte contre un cancer depuis près de quatre ans maintenant. Deux opérations chirurgicales majeures, la perte d'un rein, la radiothérapie, la chimiothérapie et beaucoup de prières ont rempli les pages de mon histoire. Au cours des dix derniers mois, un liposarcome métastatique récidivant (stade IV) s'est manifesté par six tumeurs disséminées dans mon abdomen et mon bas-ventre. La plus grande est de la taille d'un ballon de football alors qu’une plus petite essaie de se faufiler à travers une hernie inguinale détectée sur mon côté droit. Mes intestins et mes organes sont poussés dans tous les sens, ce qui me cause souvent de la douleur et une pression très inconfortable. Le troisième produit de chimio ne semble pas fonctionner car mes symptômes s'aggravent. Et pour couronner le tout, la plupart des documents concernant les traitements de ce type de cancer très rare laissent à la plupart des gens quasi nul espoir d'un rétablissement.

C'est suffisant pour rendre un homme fou de désespoir. Ajoutez à cela les dix-huit années d'injustice de ma condamnation injustifiée et le fort soupçon que la manipulation de produits chimiques (dans le cadre d’un travail réalisé en prison) il y a plusieurs années ont en fait causé mon cancer, et vous pouvez voir une raison presque défendable de se vautrer dans l'amertume et la colère contre le monde.
Mais je ne suis tout simplement pas comme cela.
 

25 avril 2020 – Les conséquences d’un choix

À un moment donné, à la fin de 1997 ou au début de 1998, j'ai fait un choix. J'avais à peine 22 ans et j'étais à l'université dans le Nord du Texas.
Mon pasteur de ce temps-là et sa femme m'avaient poussé à faire du bénévolat sur un projet qu'ils avaient mis en place par l'intermédiaire de l'église. Je m’impliquais déjà comme assistant dans un cours d'école du dimanche et je leur ai dit à plusieurs reprises que je ne pensais tout simplement pas avoir plus de temps à offrir au vu de mon emploi du temps.
J'étais impliqué dans le ministère baptiste des étudiants sur le campus, je travaillais souvent à plein temps en fonction de mes horaires de cours, et j'avais vraiment besoin de temps pour aller en classe et étudier, puisque c'était le but premier après tout.
De plus, je faisais déjà du bénévolat au refuge local pour sans-abris avec mon amie Paula, et à côté de cela je prenais encore des cours de vol. Si je devais donner davantage, j'allais été complètement dépassé.
Mais ils n'ont pas compris.

25 avril 2020 – Suffocation (Souvenir douloureux)

7 mars 2002 – Tribunal pénal du district n° 4 du comté de Tarrant, Ft Worth, Texas

Je crois que j'étouffe. Quelque chose fait pression sur ma poitrine, mais je veux désespérément respirer. J'ai envie de crier, mais rien ne fonctionne dans mon corps. Pourquoi mon visage est-il si chaud ?
Pourquoi n'entends-je rien autour de moi ? Je sais qu'ils sont là. Ce sont eux qui me font ça.
Enfin, pas tous. Je sais que ma mère est là aussi. Je l'ai vue avant que tout devienne noir. Elle était assise là, en train de pleurer. Est-ce que je pouvais l'entendre ? A-t-elle dit quelque chose ?

Depuis combien de temps suis-je comme ça ?

19 avril 2020 – Pas Votre Enfant


   J'ai été condamné il y a plus de dix-huit ans pour un crime horrible. C'est le genre de crime qui peut complètement ruiner votre vie, comme cela a été le cas pour la mienne. Les lois du Texas ont permis que je sois condamné sans la moindre preuve à l’exception des accusations portées contre moi. Depuis dix-huit ans maintenant, je me bats contre cette condamnation injustifiée et j'ai écrit et parlé jusqu'à en être épuisé du mal qui a permis que je sois incarcéré.
   Le problème est le suivant : la plupart des gens ne s’intéressent tout simplement pas à la question. Soit ils croient que j’exagère les faits et la réalité juridique, soit ils sont tellement biaisés contre mes accusations qu’ils construisent un mur psychologique géant qui ne peut être pénétré par la logique et la raison.
   « Agression sexuelle aggravée d’un enfant de moins de 14 ans » n’est pas le genre de chose qui fait immédiatement naître de la compassion ou de l’indulgence. Elle évoque plutôt des mots comme « odieux », « dépravation » et « mal à l’état pur ». Elle pousse également la plupart des gens à imaginer la situation concernant leur propre fille innocente de huit ans ou leur fils ou neveu de douze ans, très bien élevés et respectueux. Ils combattent mes attaques contre les lois injustes comme s’il s’agissait d’attaques personnelles contre leurs propres enfants.

19 avril 2020 – Je suis quelqu’un

J'ai toujours cru que j'étais appelé à laisser une empreinte dans ce monde. Je me suis toujours senti prospère et influent, même lorsque je n'étais ni l'un ni l'autre. Je ne sais pas comment cela est devenu une partie de mon identité de base, mais jamais un seul moment, je n'ai cru que ma vie serait définie comme celle d'une personne qui a simplement survécu en se débrouillant dans la vie.
Je suis né pour exceller.
Ce n'est pas une ambition égoïste. Plus souvent que non, cette volonté m'a conduit à un sacrifice extrême et à un travail incroyablement dur avec une vision de rendre le monde meilleur. Elle m'a souvent poussé à aller au-delà de ce qui est considéré comme logique ou normal par ceux qui m'entourent.
Ma jeunesse a été ponctuée de commentaires constants de mes aînés comme ceux-ci : "Ce n'est pas possible", ou "Tu ne peux pas le faire de cette façon-là". On m'a même dit plus d'une fois que je n'avais pas le droit d'attendre des autres qu'ils se préoccupent d'un problème avec autant de passion que moi.

Au fond, ma motivation et ma conviction qu'il était du devoir de chacun de chercher constamment des moyens d'avoir un impact sur notre monde ont mis la plupart des gens mal à l'aise.
Et je me sentais souvent très seul.

Les premières années de ma vie d'adulte ont été une bataille continue entre l'envie de faire plus et la pression toujours plus forte de ceux qui ne pouvaient pas accepter mon mode de pensée peu orthodoxe.
À 18 ans, j'ai quitté mon pays par mes propres moyens. À 20 ans, j'avais déjà fondé ma première organisation à but non lucratif qui s'est associée à une fondation d'Amérique Centrale travaillant avec les enfants des rues et les enfants nés avec le VIH. À 24 ans, j'avais obtenu un diplôme tout en dirigeant une deuxième organisation à but non lucratif travaillant dans deux pays d'Amérique Latine et une entreprise d'import/export à but lucratif qui servait à les financer. À 25 ans, j'ai reçu une bourse de 25 000 dollars du Rotary Club pour mon Mastère en Administration des Affaires. Dix-huit mois plus tard, j'ai terminé le programme.
Puis tout s'est arrêté net.
Un mensonge avait tout changé.

Bien que les gens ne me comprenaient pas toujours, ils m'avaient respecté et avaient cru en moi. Ils ont vu en moi le potentiel d'accomplir de grandes choses.
Mais soudain, je me suis retrouvé du mauvais côté de l'équation : un ennemi de l'État. En un clin d'œil, je suis passé du statut de jeune homme honorable et intègre à celui de criminel malfaisant, dépravé et menteur.
Et tout cela sur la seule base d'un simple mensonge.
Je suis devenu l'Accusé.
Rien de ce que j'ai dit ou fait n'était suffisant pour me défendre contre la nouvelle perception qu'ils avaient de moi. Les rôles avaient été inversés et les dés étaient jetés.

J'ai été envoyé en prison pour une très longue période.

Dix-huit ans plus tard, je suis toujours encore dans la même situation. Chaque jour, je suis confronté à des attitudes laides et haineuses de la part de membres du personnel de plusieurs années mes cadets. Peu importe combien je travaille dur, combien je suis honnête, ou combien de fois je fais mes preuves, mon statut ne changera jamais. Je ne pourrai jamais obtenir un poste plus élevé. Le tout nouveau surveillant de prison de 18 ans qui vit probablement encore chez sa mère sera toujours supérieur à moi malgré son immaturité et son manque d'intégrité.

J'observe les dirigeants de prison qui prennent des décisions terribles sans tenir compte de leurs effets sur les personnes réelles. Je travaille dans des secteurs de la prison où tous ceux qui sont en position hiérarchique au-dessus de moi et qui détiennent l'autorité ont beaucoup moins d'expérience et de formation professionnelle que moi, mais méprisent toute contribution réelle d'un simple détenu.
Je suis plus digne de confiance que le personnel de ce système carcéral, mais on dit qu'on ne peut pas me faire confiance. Je suis plus honnête que presque tous mes surveillants, mais ils disent que je suis condamné à être un menteur perpétuel.
Chaque jour, je suis jugé pour un crime que je n'ai pas commis.
Mais je refuse de me laisser abattre.

Je crois toujours que je suis né pour changer le monde. « En effet, les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables. » (Romans 11.29)
En dix-huit ans, j'ai été le mentor/conseiller de centaines d'hommes. Les orphelins de père et les confus ont trouvé un but et un destin et ont réussi dans notre société. Je n'ai eu que des faveurs, j'ai dirigé des industries carcérales, j'ai apporté des innovations à des problèmes de longues dates, j'ai insufflé de la sagesse dans la vie et les décisions de gardiens de prison, et j'ai affronté la menace de mort avec une confiance pacifique.

J'ai appris que l'endroit où je me trouve n'a pas d'importance. Peu importe ce que les gens pensent ou les limites qu'ils s'efforcent de m'imposer. Peu importe combien je souffre ou si les choses ne semblent pas se dérouler comme je l'avais prévu.
Ils ne pourront jamais m'enlever la passion que j'ai dans le cœur de changer le monde, d'oeuvrer à sa transformation.

Je suis quelqu'un.
Et c'est ainsi que je compte vivre jusqu'au jour de ma mort.

Jeff